CHIMIOTHERAPIE : DES EFFETS SECONDAIRES ÉLUCIDÉS

UNE ARME PUISSANTE MAIS IMPRÉCISE :

La plupart des effets secondaires du CISPLATINE, comme les vomissements, les diarrhées ou encore les nausées sont directement liés à son mode d’action. « Il empêche les cellules cancéreuses de survivre en créant les dommages importants au niveau de l’ADN. Le problème, c’est que ces effets ne se limitent pas aux cellules anormales. Toutes les cellules en division, comme les cellules du sang ou les cellules digestives sont touchées ». C’est dés lors un véritable bras de fer qui est engagé entre le patient et son cancer ; « On part du principe que le cancer meurt plus vite que l’homme », résume avec un certain cynisme le Pr. Laurent Counillon. En clair, les cellules cancéreuses étant plus vulnérables que les saines, dans la course contre la maladie, on espère que ce sont les cellules saines, donc la vie, qui l’emportent.

Soigné pour un cancer de l’amygdale gauche, Pierre (1) , un an plus tard souffre toujours des effets secondaires de sa chimio à base de CISPLATINE : « Je ne sens plus mes doigts, ni mes pieds, je suis fatigué du lever au coucher .. C’est d’autant plus enrageant que mon médecin m’a annoncé que ma tumeur était parfaitement traitée .. Sans les effets de la chimio, je serais sur pied .. » Le témoignage de Pierre illustre bien ce qui fait aujourd’hui tout le paradoxe de la chimiothérapie en général, du CISPLATINE en particulier : « Utilisé dans le traitement de nombreux cancers (lire encadré) avec une efficacité indéniable, il produit dans le même temps, chez la quasi-totalité des patients, des effets secondaires modérés à majeurs, qui imposent parfois de réduire les doses, voire d’interrompre le traitement dans près d’un cas sur cinq », relate le Pr. Laurent Counillon, responsable du laboratoire CNRS UMR 6097 à Nice (2).

DES CELLULES QUI SE HERISSENT

Si certains de ces effets secondaires, comme les nausées ou es vomissement, parviennent à être prévenus grâce à des traitements complémentaires, la médecine est impuissante à protéger contre les atteintes neurologiques. « Dans les minutes qui suivent la perfusion par le CISPLATINE, les patients se plaignent de sensations douloureuses, de fourmillements, de vertiges, de troubles de la perception parfois insupportables. » La rapidité d’apparition de ces manifestations, impossibles à mettre en relation avec des dommages au niveau de l’ADN, laissait perplexe des scientifiques du monde entier. Depuis deux jours, grâce au travail de l’équipe de scientifiques menée par le Pr. Laurent Counillon, le voile est enfin levé. « Nous avons observé que sous l’effet du CISPLATINE, les cellules se hérissent littéralement (photo jointe à l’article). Ces changements de morphologie ont pour effet de figer des canaux ioniques membranaires sensibles à la pression".

Les cellules deviennent alors hyperexcitables. Un signal très faible suffit à les activer. C’est ainsi que les terminaisons nerveuses situées sous la peau, par exemple, deviennent hypersensibles, expliquant les effets neurologiques décrits par les patients ». Ces découvertes qui ont été publiées dans un journal américain prestigieux (3) , ouvrent des perspectives importantes dans le champ thérapeutique : « Des médicaments existent déjà qui sont capables d’agir sur ces canaux ioniques, et donc susceptibles de prévenir les effets neurologiques. On peut penser que dans l’avenir, après que nos premiers résultats, auront été confirmés, on pourra les combiner au CISPLATINE. Un bout d’horizon dans le ciel lourd qui pèse sur les malades pour lesquels on est aujourd’hui contraints d’interrompre la chimiothérapie.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

infolinks