Pouvez-vous nous expliquer le fonctionnement de notre système immunitaire ?

Ce système de défense de l'organisme est constitué de différents types de cellules. 1 Les monocytes macrophages. Ces cellules (globules blancs) sont les premières à arriver sur le site envahi par les cellules tumorales et vont sécréter aussitôt certaines substances (sortes de drapeaux) destinées à attirer l'attention des cellules soldats du système immunitaire. 2 Les dendritiques, cellules “éducatrices” des lymphocytes tueurs qui partent au combat. 3 Les lymphocytes N.k. (“natural killers”) qui, dès le signal donné, partent à l'assaut des cellules tumorales (ou autres éléments étrangers tels les virus) pour les détruire dans les heures qui suivent l'intrusion. 4 Les lymphocytes T, sortes de cellules sentinelles qui conservent la mémoire de l'ennemi et se tiennent prêtes à alerter les soldats de l'armée dès sa réapparition. Ces lymphocytes peuvent tuer, mais cette fois seulement après un certain délai : environ 10 jours. 5 Les lymphocytes B qui maintiennent la garde – par les anticorps. Bien d'autres cellules composent le système immunitaire, mais il serait fastidieux de toutes les nommer. Il faut seulement savoir que toutes ces cellules immunitaires sont capables de sécréter des substances (cykotine, interféron...) d'un intérêt capital pour la communication des cellules immunitaires entre elles.

Pourquoi, en cas de cancer avéré, notre système immunitaire ne parvient-il pas à l'éradiquer ?

Dans tout processus biologique, il existe un équilibre entre signaux positifs et négatifs. Dès la formation des premières cellules cancéreuses s'engage une compétition entre les cellules malignes qui se multiplient et le système immunitaire. Le problème est que ces cellules cancéreuses, très intelligentes, se font d'emblée un ami à l'intérieur de l'organisme, un lymphocyte espion : le T “régulateur” qui considère malheureusement les cellules cancéreuses comme des tissus sains. Ces lymphocytes T, en cas de cancer, se reproduisent beaucoup plus vite et enraient l'action des lymphocytes tueurs, les empêchant d'agir contre les cellules malignes. A un certain moment, c'est le cancer qui gagne et prolifère. Ces cellules espions utilisent une arme fatale : une substance présente dans l'organisme dite “T.g.f. bêta”.

Quelles nouvelles molécules de défense avez-vous découvertes avec votre équipe ?

Nous avons mis en lumière, dans le système immunitaire de souris, une nouvelle cellule hybride qui appartient à la famille des dendritiques. Mais cette fois, au lieu d'être éducatrice pour les lymphocytes tueurs, cette cellule est capable de tuer elle-même directement les cellules cancéreuses. C'est la première cellule de notre système de défense qui sait à la fois migrer directement vers l'élément cancéreux, le reconnaître et le détruire en quatre heures. Cette nouvelle cellule tueuse dite “I.k.d.c.” (un véritable bazooka !) reconnaît jusqu'à 70 % des cellules tumorales, alors que les lymphocytes N.k. n'en reconnaissent qu'une minorité ! Elle sécrète un véritable poison pour les lymphocytes espions : une substance de la famille des interférons. En théorie, il s'agit donc d'une excellente arme de défense qui n'a besoin d'aucune aide. Malheureusement, cette cellule I.k.d.c. est rare : 1 pour 1 000 globules blancs circulant, et c'est cette rareté qui explique pourquoi elles n'ont pu, jusqu'à présent, gagner la partie.

Quelles études a-t-on réalisées avec ces cellules I.k.d.c. ?

Deux sortes d'essais ont été menés. Les chercheurs ont d'abord comparé deux groupes de souris atteintes de mélanomes. Le premier a reçu par injection environ 30 000 cellules I.k.d.c. dans la tumeur. Le second a été traité par 30 000 N.k. Vingt jours plus tard, par I.k.d.c., on a pu observer, sur la dizaine de souris traitées, la disparition des tumeurs. Dans l'autre groupe, les cancers avaient progressé et déjà tué plusieurs souris. Lors du deuxième essai, on ne s'est pas contenté d'injecter des cellules I.k.d.c., on a voulu provoquer leur multiplication à l'intérieur de l'organisme des souris atteintes de mélanomes ayant déjà métastasé aux poumons. Pour obtenir cette prolifération des I.k.d.c., on a administré aux animaux deux produits anticancéreux : du Glivec et de l'Interleukine II. Après une quinzaine de jours, les chercheurs ont constaté que les métastases pulmonaires des souris traitées avaient disparu alors que, dans le groupe témoin, les métastases avaient largement envahi les poumons. Après cette constatation, une analyse au microscope des poumons a été réalisée révélant alors une présence massive de ces nouvelles cellules tueuses : les I.k.d.c. On a donc la preuve que l'association de Glivec et d'Interleukine II entraîne une formidable multiplication de ces nouvelles armes du système immunitaire.

Est-on sûr que ces I.k.d.c. sont aussi présentes chez l''homme ?

L'hypothèse que ces cellules existent aussi chez l'homme constitue un espoir majeur en cancérologie (les phénomènes biologiques importants sont conservés chez les mammifères). Les chercheurs espèrent que la combinaison de Glivec et d'Interleukine II permettra l'amplification des I.k.d.c. chez l'homme. Un essai clinique va débuter bientôt, d'une part chez des patientes atteintes d'un cancer de l'ovaire résistant à la chimiothérapie habituelle, d'autre part chez des malades atteints de sarcome gastro-intestinal résistant au traitement par Glivec seul.Pour la recherche sur les I.k.d.c. dans les cancers, envoyez vos dons au Pr Laurence Zitvogel, Institut Gustave-Roussy, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif Cedex (chèques libellés à l'ordre de l'I.g.r.).

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