Les plantes comme médicament contre le cancer

Phytothérapie

L’étude des plantes qui peuvent être utilisées pour traiter des maladies en milieu clinique est connue sous le nom de phytothérapie. Sur un plan purement technique, ce mot désigne toutes les utilisations médicales de plantes et d’extraits de plantes afin de traiter une maladie, que ces utilisations soient modernes ou traditionnelles. Toutefois, la phytothérapie traditionnelle est plus couramment désignée sous le terme « herboristerie », et elle est généralement considérée comme une médecine parallèle par les praticiens académiques.
La phytothérapie moderne implique des essais empiriques d’extraits de plantes obtenus par des procédures normalisées ; la plus grande difficulté dans l’évaluation de l’efficacité des remèdes traditionnels à base de plantes est l’énorme variation entre les méthodes de production et la pureté et la concentration qui en découlent.
Bien que bon nombre de remèdes traditionnels à base de plantes soient jugés inférieurs aux techniques médicales modernes, il existe des centaines de plantes importantes dont les ingrédients actifs ont été isolés et transformés en médicaments extrêmement utiles. L’aspirine, la quinine, le camphre et la famille des opiacés n’en sont que quelques exemples notables ; aujourd’hui, les divers cannabinoïdes extraits du plant de cannabis ont leur place parmi les extraits de plantes médicinales utiles.
le rhizome de curcuma contient de la curcumine, dont la capacité à ralentir la prolifération de la croissance cellulaire cancéreuse a été démontrée (Steenbergs)
le rhizome de curcuma contient de la curcumine, dont la capacité à ralentir la prolifération de la croissance cellulaire cancéreuse a été démontrée (Steenbergs)

L’herboristerie et le traitement du cancer

Dans toutes les cultures ayant développé une médecine traditionnelle, diverses techniques ont été mises en œuvre pour le traitement du cancer avec plus ou moins de succès. Il est important de faire la distinction entre les cancers et les autres pathologies présentant des caractéristiques visuelles similaires, en particulier les lésions de la peau telles que les verrues et les acrochordons ; malheureusement, la plupart des médecines traditionnelles font une vague distinction entre ces maladies, les classant souvent dans une même grande famille. C’est pour cela que de nombreuses plantes prétendues avoir une action sur le cancer n’ont en fait que peu d’effet, voire aucun, sur les cellules cancéreuses elles-mêmes.
Toutefois, bien que de nombreux traitements à base de plantes aient été dénigrés, plusieurs plantes semblent malgré tout être de bonnes candidates pour de nouvelles recherches. Malheureusement, bon nombre de ces plantes présentent des effets secondaires, certains pouvant être si sérieux que leur utilisation en médecine peut s’avérer contre-productive, voire dangereuse.

Curcuma et curcumine

La plante de curcuma est un membre de la famille du gingembre, c’est une espèce indigène de l’Asie tropicale australe. Le rhizome de curcuma (comme pour le gingembre, il s’agit de la section hypogée du pied à partir de laquelle poussent la tige et les racines) a fait l’objet d’une utilisation intensive en médecine indienne traditionnelle pendant des siècles, en plus d’être un colorant alimentaire très connu et une substance aromatique incontournable dans la cuisine indienne. En médecine traditionnelle, le rhizome de curcuma est souvent mélangé à du lait tiède pour faire tomber la fièvre, moulu dans une pâte pour être utilisé comme antiseptique topique ou mélangé à de l’hydroxyde de calcium (chaux éteinte) pour stopper les saignements.
La curcumine est l’un des ingrédients actifs présents dans le curcuma, et plusieurs indications pour des traitements de diverses pathologies se sont révélées utiles. Outre son potentiel d’inhibition de la croissance cancéreuse colorectale, pulmonaire, mammaire et pancréatique (et du myélome multiple, un cancer hématologique très agressif), la curcumine peut être utile pour le traitement de la maladie d’Alzheimer, du diabète et de l’arthrite. La curcumine est connue pour inhiber la mitose (division cellulaire) dans les lignées de cellules cancéreuses, ce qui peut ralentir, voire interrompre la croissance tumorale. Toutefois, on lui attribue également des effets secondaires cancérigènes. Il est par conséquent primordial de bien déterminer le ratio risque/efficacité avant de définir une utilisation en médecine conventionnelle.

Crocus d’automne et colchicine

le crocus d'automne contient de la colchicine, un poison mortel capable de provoquer la mort de cellules cancéreuses lorsqu'il est correctement utilisé (Epicnom)
le crocus d’automne contient de la colchicine, un poison mortel capable de provoquer la mort de cellules cancéreuses lorsqu’il est correctement utilisé (Epicnom)
Le crocus d’automne est une petite plante indigène du Royaume-Uni et de l’Europe qui ressemble beaucoup au crocus, bien qu’il appartienne en fait à une famille et à un ordre différent. Cette espèce est menacée à cause de la cueillette excessive et de la perte d’habitat. La cueillette de plants sauvages est habituellement réservée aux applications médicinales. Elle est cependant occasionnellement confondue avec l’ail des ours (ail sauvage). Une telle confusion peut avoir des conséquences graves : en raison de sa teneur en colchicine, un composé toxique, la consommation de crocus d’automne peut provoquer des convulsions, un collapsus cardiovasculaire et une défaillance d’organes multiples, aboutissant souvent au décès. Il n’existe aucun antidote spécifique. Cependant, lorsqu’une personne survit à une défaillance d’organes multiples, le processus de guérison commence généralement sous 6 à 8 jours.
Il existe déjà plusieurs utilisations sûres de la colchicine : en génétique végétale, elle est utilisée pour déclencher la polyploïdie (multiplication des chromosomes, que ce soit par des moyens naturels ou artificiels, qui a généré bon nombre de nos cultures modernes, notamment le blé dur et le blé panifiable) ; en médecine, elle est approuvée par la FDA (Food and Drug Administration, États-Unis) pour le traitement de la goutte et de la fièvre méditerranéenne familiale ; en génétique cellulaire, elle est utilisée pour stopper la mitose à une phase critique du cycle cellulaire, lorsque la concentration chromosomique est la plus dense et que la présence des chromosomes peut être détectée au microscope plus facilement.
La toxicité de la colchicine provient de sa capacité à hyperinhiber la mitose cellulaire, au même titre que le curcuma. À des dosages contrôlés, elle est efficace contre la prolifération des cellules cancéreuses, mais ses effets secondaires la rendent potentiellement contre-productive. Là encore, des recherches complémentaires doivent être entreprises pour déterminer son efficacité globale.
l'un des ingrédients actifs de l'arbre neem, la gédunine, a démontré sa capacité à déclencher la mort des cellules cancéreuses (WL Cutler)
l’un des ingrédients actifs de l’arbre neem, la gédunine, a démontré sa capacité à déclencher la mort des cellules cancéreuses (WL Cutler)

Neem et gédunine

Le neem est une autre espèce d’arbre indienne longtemps utilisée en médecine traditionnelle, notamment dans le traitement du paludisme. Les recherches récentes ont démontré que l’un des composés actifs présents dans le neem, la gédunine, pouvait ralentir ou même stopper la prolifération de certains cancers. Dans une étude publiée en 2009, on enregistrait une réduction de 80 % de la prolifération de lignées cellulaires de cancer ovarien humain chez les patientes traitées à la gédunine in vitro, ainsi qu’une amélioration de l’effet antiprolifération du cisplatine, un agent anticancéreux largement utilisé pour traiter le cancer ovarien.
Un article de 2013 décrit comment la gédunine déclenche l’apoptose (mort cellulaire programmée) dans les cellules cancéreuses grâce à son action sur une protéine spécifique, appelée « protéine du stress 90 » ou Hsp90. La Hsp90 est une protéine chaperonne dont la présence permet généralement aux autres protéines cruciales pour la formation du cancer de devenir stables et de se replier correctement ; inhiber la Hsp90 empêche donc le repliement correct des autres protéines, ce qui stoppe la mitose et la mort des cellules existantes.
À mesure que la recherche sur le cannabis et d’autres plantes médicinales se poursuit, leur importance dans la pharmacopée moderne augmente progressivement. Des organisations telles que la Sensi Seed Bank, le Cannabis College et le Hash Marihuana & Hemp Museum à Amsterdam s’efforcent de rassembler des informations actualisées et validées sur l’état actuel de la recherche sur le cannabis et d’autres plantes médicinales, afin de promouvoir la connaissance et de permettre à un public le plus large possible de découvrir les effets bénéfiques de ces plantes.

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