CANCER DU SANG OU Leucémie, de nouvelles perspectives de traitement

Le sang est un tissu qui se renouvelle continuellement et dont la majorité des cellules sont produites à partir des cellules souches de la moelle osseuse. Si une modification génétique survient, le processus de fabrication est perturbé et certains types de cellules deviennent alors excédentaires au détriment des autres, c'est la leucémie. Aujourd'hui, son traitement a fait des progrès majeurs et est l'objet de nombreux programmes de recherche qui laissent entrevoir de nouveaux espoirs.

Les leucémies sont des maladies très rares. A titre d'exemple, la fréquence des leucémies aiguës en France est de 3 par an et par tranche de 100.000 habitants. En pratique, on ne retrouve pratiquement jamais de cause à une leucémie. En revanche, il est certain que ce n'est pas une maladie héréditaire, ni une maladie contagieuse.

Les cellules sanguines sont toutes issues d'un même type de cellules

Les cellules sanguines se répartissent en trois catégories : les globules rouges ; les globules blancs, de trois types : les polynucléaires (neutrophiles, basophiles, éosinophiles), les monocytes et les lymphocytes ; les plaquettes.
Toutes les cellules sanguines proviennent d'une même population de cellules indifférenciées, qu'on appelle les cellules souches hématopoïétiques. En se multipliant, elles vont se différencier et donner naissance d'une part aux cellules de la lignée myéloïde (globules rouges, plaquettes, polynucléaires et monocytes) et d'autre part aux cellules de la lignée lymphoïde (lymphocytes).

Qu'est-ce que les leucémies ?

Les leucémies sont des cancers des cellules sanguines en formation, qui provoquent des maladies différentes selon le type de lignée cellulaire affectée. Elles proviennent d'un trouble de l'hématopoïèse, c'est à dire de la fabrication des cellules sanguines au niveau de la moelle osseuse.
Ces maladies sont caractérisées par un nombre excessif de globules blancs ou leucocytes dans le sang, en raison d'une prolifération anarchique de ces cellules, à différents stades de leur formation dans la moelle osseuse. Au bout d'un certain temps, ces cellules, plus ou moins atypiques, sont en si grand nombre dans la moelle osseuse qu'elles passent dans le sang. Elles peuvent également envahir d'autres organes comme la rate ou les ganglions.

On parle de leucémie lymphoïde lorsque ce sont les cellules de la lignée lymphoïde qui sont atteintes, c'est à dire les lymphocytes. Si ce sont les cellules de la lignée myéloïde qui sont touchées, en l'occurrence les polynucléaires, il s'agit alors d'une leucémie myéloïde. La leucémie aiguë est caractérisée par la présence de cellules immatures dans le sang, tandis que la leucémie chronique concerne les cellules matures.


Les leucémies sont liées à une modification du patrimoine génétique

La survenue d'une leucémie, quelque soit son type, est liée à une altération brusque du patrimoine génétique de l'une des cellules souches hématopoïétiques. Cette altération peut elle-même être due à deux sortes de processus :
- deux chromosomes d'une cellule se rapprochent et échangent une partie de leur patrimoine génétique. Ce phénomène va entraîner la sécrétion d'une nouvelle protéine qui va modifier le comportement normal de la cellule.
- un gène, normalement silencieux, va être activé et induit la fabrication d'une protéine inhabituelle dans la cellule.
L'un ou l'autre de ces phénomènes conduit à la transformation d'une cellule souche en une cellule cancéreuse. Celle-ci va se multiplier et donner naissance à une population de cellules anormales qui va perturber la croissance des autres lignées cellulaires.

Les nouvelles voies thérapeutiques

Actuellement, le traitement des leucémies est bien codifié et repose essentiellement sur la chimiothérapie, la radiothérapie et la greffe de moelle osseuse. Les indications respectives de ces différents types de traitement sont très précises et tiennent compte notamment du type de leucémie et de l'âge du patient.
Cependant, de nombreuses inconnues persistent encore concernant ces pathologies, et une meilleure compréhension des mécanismes à l'origine de leur apparition permettra de rendre les traitements existants encore plus efficaces, d'en proposer de nouveaux et d'augmenter ainsi les taux de guérison des malades atteints.

Allogreffe ou auto-greffe

Grâce aux progrès de la recherche, les greffes de moelle osseuse peuvent aujourd'hui être effectuées chez un plus grand nombre de patients et apportent des taux de guérison de plus en plus importants. Ces greffes peuvent être effectuées à partir de donneurs apparentés (en général frère ou sœur) : il s'agit alors d'allogreffes, qui présentent cependant un risque de rejet par l'organisme du receveur. Pour éviter cette complication, le malade est soumis à un traitement immuno-suppresseur, celui-ci constituant également une voie de recherche essentielle. Les auto-greffes représentent une avancée majeure : la greffe à un patient de sa propre moelle osseuse, préalablement traitée ou en « rémission », permet d'éviter le risque de rejet.

Auto-greffe de cellules souches sanguines

Par ailleurs, les chercheurs ont constaté que les cellules souches sanguines n'étaient pas seulement présentes au niveau de la moelle osseuse, mais également dans le sang, après une chimiothérapie par exemple. Ces cellules peuvent alors y être prélevées par une technique appelée cytaphérèse. On réalise ainsi désormais des auto-greffes de cellules souches sanguines, plus faciles à réaliser que les auto-greffes de moelle osseuse.

Les cellules sanguines fœtales

Une autre voie actuellement évaluée est celle qui concerne les greffes de cellules sanguines fœtales. Celles-ci sont facilement prélevées à partir des cordons ombilicaux et des placentas, normalement détruits après les accouchements, et sont congelées dans l'azote liquide jusqu'à leur transplantation dans l'organisme du patient. Le sang fœtal est intéressant à double titre : il est riche en cellules souches sanguines et celles-ci sont peu agressives sur le plan immunitaire. Jusqu'à présent, quelques dizaines d'opérations de ce type ont été effectuées avec succès.

Une nouvelle voie pour l'arsenic

De nouveaux médicaments sont également à l'étude. Citons en particulier l'arsenic, bien connu comme poison, qui pourrait devenir un véritable traitement antileucémique. En effet, la collaboration entre une équipe chinoise de l'Institut d'hématologie de Shanghai et une équipe française du CNRS a permis de mettre en évidence l'efficacité de l'arsenic dans certaines formes de leucémies, qui agit en ciblant spécifiquement le produit d'une lésion génétique à l'origine d'un type de leucémie. Cependant, le mode d'action de l'arsenic reste inconnu et il faut démontrer son innocuité à long terme...

Un autre espoir ...

Enfin, la vaccination antitumorale représente actuellement un grand espoir. Son objectif est de stimuler les réponses immunitaires pour détruire ou contrôler les cellules leucémiques résiduelles, chez les patients en rémission. Des essais cliniques sont en cours et la communauté scientifique en attend les résultats avec impatience.


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